Asher Roth a été interviewé le 29 juin par Actu Musique SFR!
ASHER ROTH: "L'AUTODÉRISION ET L'HUMILITÉ SONT ESSENTIELLES"
À 23 ans, il débarque de sa Pennsylvanie natale avec un hip hop post-ado aussi fun qu'insouciant. Après deux mixtapes restées confidentielles, son premier véritable album, Asleep in the Bread Aisle, allie la flamme juvénile du Fresh Prince à l'instinct mélodique d'un Lupe Fiasco. Le jeune rappeur y invite Busta Rhymes, Cee-Lo Green ou les rockeurs de Chester French : rencontre avec l'un des futurs possibles du rap.
Rien ne distinguerait Asher Roth des autres chevaliers de la rime si ce n'était la couleur de sa peau. Car Asher, à l'instar d'Eminem ou des Beastie Boys, fait carrément tache blanche dans une culture essentiellement black. Originaire de Morrisville, à un jet de pierre de Philadelphie, le prodige annonce la couleur sans ambages avec As I Em, où il se compare à Eminem. Mais ce petit blanc a le hip hop dans la peau. À vingt ans déjà, il tapait le freestyle dans le bureau directorial de Jay Z chez Def Jam. Un an plus tard, il était signé... ailleurs.
Morrisville est une toute petite ville de 10 000 habitants, presque un village, et te voilà soudain projeté dans le maelstrom médiatique. Comment t'es tu préparé à ce choc?
J'ai passé beaucoup de temps dans les grandes villes depuis que je suis môme. Et puis, les banlieues sont banlieusardes, justement ! J'ai grandi juste à coté de la grande métropole, à une demi-heure de train de New York ou une demi-heure en caisse de Philadelphie. J'ai donc souvent été exposé à de grandes foules.
Avant toi, les deux plus importantes personnalités de Morrisville datent... de la Révolution américaine : George Clymer et Robert Morris, qui a donné son nom à la ville. Tous deux étaient signataires de la déclaration d'indépendance de 1776... Ça fait une paye!
C'est une sacrée responsabilité qui pèse sur mes épaules de parvenir à remettre Morrisville sous les projecteurs... deux siècles et demi plus tard ! Mais, pour moi, tout cela n'est pas essentiel. Tout ce que les gens peuvent penser de toi, ça n'est que du music-biz, du faux-semblant, et non la réalité. Pour être honnête, je peux parfois avoir certaines frustrations par rapport à la réalité de certains éléments de ce business. Donc, en ce qui concerne cette charge qui pèse sur moi, je ne peux pas laisser tous les espoirs qu'on peut placer en moi me dicter ma conduite. Je fais plutôt mon truc.
Est-ce que tu joues un personnage? Car, malgré tout ce que tu peux souhaiter, tu ne vas pas pouvoir rester à la fac toute ta vie... ni t'endormir comme Blanche-Neige sur l'étagère du rayon pain de mie du supermarché!
À mon sens, il y a différents éléments. Je ne joue pas un personnage, je suis vraiment comme ça. Il y a l'amateur de fun, le type fêtard, mais il y a aussi un Asher introverti, qui réfléchit. Je crois en ces différentes facettes de mon caractère. Ainsi, par exemple, le Asher de I Love College montre que je rêve d'être un irresponsable total pour le reste de ma vie. Mais, avec Sour Patch Kids, je montre que je suis aussi capable d'apostropher mon gouvernement et sa politique.
Justement, dans tes textes ou la pochette de ton album, on dénote un féroce sens de l'humour. Aimes-tu te tourner toi même en dérision?
Il est essentiel de savoir rester humble, je crois. Donc le minimum, c'est d'être capable de blaguer sur soi-même. Et c'est encore plus le cas lorsque, comme moi, tu portes les stigmates d'être un rappeur blanc. C'est très important de pouvoir en rire. Mon père a fait un sondage familial l'autre jour ; une des questions posées était "Qu'est ce que tu aimes le plus chez chacun des membres de ta fratrie ?", et mes deux s½urs ont dit à mon sujet que je ne me prenais jamais au sérieux et que je savais rire de moi même. L'autodérision et l'humilité sont essentielles, car si tu fais un faux- pas, il y aura toujours un type pour en faire une danse et se foutre de toi.
Tu viens de prononcer les deux mots fatidiques: blanc et rappeur, des mots qu'on n'a pas l'habitude de voir associés. On se doute qu'un exemple fameux a dû t'inspirer, pourtant tu n'as pas choisi de faire une chanson sur lui, ton héros véritable: Vanilla Ice!
(Rires) C'est intéressant car, comme tu le soulignes, dans cette catégorie "rappeur blanc", il existe très peu de points de références. Très peu d'entre eux ont en fait vraiment réussi à s'imposer. Mais les gens ont toujours ce besoin de comparer, alors tout ce que je peux souhaiter, c'est que mon projet aide à ouvrir largement la porte du rap à de nombreux artistes différents.
Alors, as-tu écouté Vanilla Ice ou non?
Tout le monde a écouté Vanilla Ice, tout le monde connaît Ice Ice Baby, mais j'avoue qu'à part celle-ci, je suis incapable de te citer une autre chanson de lui. Ah si..."Go ninja, go ninja, go !" (Ninja Rap, NLDR) de la BO des Tortues Ninjas !